Dans la nuit du 4 au 5 août 1952, trois membres d’une famille britannique sont tués près de leur voiture, à Lurs, dans les Basses-Alpes. Deux ans plus tard, le patriarche de la ferme voisine est condamné à mort. Il sera gracié, libéré, et l’affaire n’a jamais cessé d’être rediscutée depuis.
Ce qui s’est passé
Les victimes sont Sir Jack Drummond, biochimiste britannique de 61 ans, son épouse Anne Wilbraham Drummond, 45 ans, et leur fille Elizabeth, 10 ans. La famille campait près de sa Hillman, en bord de route, à proximité de la ferme de la Grand’Terre exploitée par la famille Dominici.
Les corps sont découverts au matin. L’enquête s’ouvre dans un climat de tension entre les gendarmes, la police judiciaire de Marseille et une famille qui parle provençal et se méfie des enquêteurs.
L’enquête et les deux condamnations
Gustave Dominici, le fils, est le premier condamné : le 12 novembre 1952, il écope de deux mois de prison pour non-assistance à personne en danger. Il est libéré le 15 décembre de la même année.
C’est ensuite le père, Gaston Dominici, alors âgé de 77 ans, qui est mis en cause. Il passe des aveux, les rétracte, en passe d’autres. Ces aveux ont été recueillis en provençal puis traduits en français, un point que la défense n’a cessé de contester.
Le 28 novembre 1954, la cour d’assises des Basses-Alpes le condamne à mort.
De la peine capitale à la libération
Le 3 août 1957, le président René Coty commue la peine en travaux forcés à perpétuité. Le 14 juillet 1960, le général de Gaulle le gracie et le fait libérer. Gaston Dominici meurt le 5 avril 1965, à 87 ans, sans avoir été rejugé.
Il n’a jamais été innocenté : la condamnation de 1954 tient toujours en droit. La grâce efface la peine, pas la culpabilité.
Ce qui reste discuté
Quatre points nourrissent la controverse depuis soixante-dix ans. Les aveux, d’abord, contradictoires et passés par une traduction. Le rôle exact de Gustave, ensuite, qui a découvert la scène et dont la version a varié. L’existence possible d’autres protagonistes, que plusieurs hypothèses ont avancée sans jamais l’établir. Et enfin les lacunes de l’enquête initiale, dont la scène de crime mal préservée.
Aucune de ces hypothèses concurrentes n’a jamais été validée par une juridiction. Ce qui est établi en droit tient en une ligne : Gaston Dominici a été condamné, sa peine a été commuée puis effacée par une grâce, et il est mort sans nouveau procès.