Marie Besnard, née le 5 août 1896 à Saint-Pierre-de-Maillé et morte le 14 février 1980 à Loudun, a été accusée d’avoir empoisonné douze personnes de son entourage entre 1927 et 1949, dont son mari. Elle a été jugée trois fois et acquittée le 12 décembre 1961.
Les accusations
Tout part de Loudun, dans la Vienne. Autour de Marie Besnard, plusieurs proches sont morts sur une vingtaine d’années : son mari Léon, mais aussi des parents et des voisins dont elle a hérité ou qu’elle a soignés. La rumeur locale précède l’enquête.
Les corps sont exhumés, les analyses détectent de l’arsenic, et elle est arrêtée le 21 juillet 1949. L’accusation porte sur douze empoisonnements.
Trois procès et l’effondrement des expertises
Le premier procès s’ouvre le 20 février 1952 à Poitiers. Il ne va pas au bout : la défense attaque les expertises toxicologiques, et l’affaire est renvoyée. Marie Besnard sera jugée trois fois en tout.
Le cœur du dossier, l’arsenic retrouvé dans les restes exhumés, se fissure audience après audience. Les experts de la défense montrent que l’arsenic peut venir du sol du cimetière lui-même, par les pesticides, le zinc des ornements funéraires et d’autres sources de contamination après la mort. S’y ajoutent des erreurs d’étiquetage des bocaux de prélèvements et des risques de confusion entre échantillons.
Elle est remise en liberté provisoire le 12 avril 1954, après environ quatre ans et neuf mois de détention.
L’acquittement de 1961
Le 12 décembre 1961, Marie Besnard est acquittée. L’acquittement est prononcé au bénéfice du doute : la justice constate que les preuves ne tiennent pas, ce qui n’est pas la même chose que déclarer l’innocence.
Elle rentre à Loudun et y meurt en 1980, à 83 ans.
Ce que l’affaire a changé
L’affaire Besnard est devenue un cas d’école de l’expertise judiciaire. Elle a montré qu’une preuve scientifique mal établie, mal conservée ou mal contextualisée peut soutenir douze accusations d’empoisonnement pendant douze ans avant de s’effondrer à l’audience.
Ce que le dossier n’a jamais établi, c’est ce qui s’est réellement passé à Loudun. L’acquittement ferme la procédure, il ne répond pas à la question.